(…)

“là où le bruit de mes talons remplit l’espace et lève
à rebours la face du temps
là où l’arc-en-ciel de ma parole est chargé d’unir demain
à l’espoir et l’infant à la reine,

d’avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d’avoir gémi dans le désert
d’avoir crié vers mes gardiens
d’avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s’ouvre d’un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l’air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.”

Aimé Césaire

Ça y est notre gouvernement n’a plus d’allure, sans votre posture, votre stature. Et la politique française redevient un cirque, où les clowns sont soit ridicules, soit effrayants. Une jungle politico-médiatique où vous ameniez votre humanité, votre force, votre résistance, devant la méchanceté, face à la bêtise et à l’ignorance.

Madame Taubira, merci d’avoir amené tant de couleur et de tolérance en France. Malheureusement l’État d’urgence et le regain de populisme qu’il entraîne, a essoufflé votre volonté et votre intégrité et vous nous laissez entre les mains d’un gouvernement aussi fade que blanc. Nous sommes tous un peu déchu de notre nationalité avec votre départ. De notre identité, de ma fierté d’être française. Vous nous avez apporté le droit de nous marier et de divorcer, sans se soucier de l’appartenance au genre. Entière et digne face à la haine et l’obscurantisme, élevée par votre intelligence et votre éminente culture, vous me donniez l’espoir qu’on arrête d’associer la République bananière à l’entreprise Banania et que le racisme français puisse enfin glisser sur notre épiderme au lieu de se marquer dans notre sang et de s’implanter dans notre bile. Qu’on puisse faire peau neuve, de notre blanchitude, inspirée dans notre cœur par le courant de négritude, sans oublier, sans s’aliéner, sans instrumentaliser notre citoyenneté. Juste au nom d’une vraie fraternité, d’une égalité libre et exigeante, pour tous ! Vous avez refusé de créer des apatrides et de plonger des âmes dans l’exil, au nom d’une nationalité qui ne serait plus méritée… Sans vous et vos lois, je ne sais plus trop où l’on va…

À l’instar  d’Aimé Césaire, Madame Christiane Taubira, vos coups de gueule, votre révolte et votre nom, ne seront pas oubliés. Merci pour votre combat !

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